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Chronique jour après jour / 2

La première fois que j’ai assisté à un spectacle de danse, j’ai été frappé par le fait que je pouvais sentir le parfum des danseurs à cause de la sueur qui émanait de leurs corps. Cette sueur ne pouvait ni mentir ni ronronner dans son jargon et c’est sans doute ce qui m’a le plus touché. Dans ma recherche, je suis également en quête d’une forme de « sécrétion ».

Pour se faire, je propose des contraintes fortes voire déroutantes car la perte de repères est nécessaire pour se débarrasser des lieux communs. Pas de vrai voyage possible sans se perdre…Mais ces contraintes sont un leurre, elles n’existent que pour exploser et atteindre ainsi le point culminant. Elles permettent en quelque sorte aux acteurs de s’oublier pour mieux se révéler.

La violence, les contradictions, par extension la violence des contradictions propres à tout être humain me fascinent, c’est donc ce terrain que j’explore inlassablement.

Rester silencieux permet de couvrir les acteurs d’un manteau de pudeur car ce que je leur demande c’est clairement d’être à poil et d’aller le plus loin possible. Ce qu’ils donnent d’eux-mêmes est si intime que cela s’avérerait totalement indécent de les faire parler. Il n’y aurait plus aucune distance entre leur vérité et le spectacle.

Rester silencieux, c’est aussi, laisser la possibilité au spectateur de s’identifier mais également lui permettre de reconquérir une part active dans son rôle de spectateur. Regarder et interpréter, franchir les vides, établir ses propres passerelles, son propre trajet en choisissant ce qu’il veut regarder lorsque les actions se développent simultanément. Si bien qu’on pourrait presque affirmer qu’il n’y a pas un spectacle qui se joue mais autant de spectacles qu’il y a d’acteurs, de spectateurs et de soirées pour les partager.

C’est un voyage qui n’a de sens que parce que nous le vivons ensemble et qui se nourrit tout autant de nos divergences que de ce qui nous rassemble au moment présent.

Mariapia Bracchi

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